Climatisation - Froid commercial
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Propos recueillis par Paul Véronique pour L'Express

Selon le prévisionniste de Météo France François Jobard, les épisodes de canicule sont amenés à se multiplier et à gagner en intensité ces prochaines années.

Après plusieurs jours étouffants, la température commence à redescendre sur une large partie de la France ce vendredi. Mais le mercure s'est une nouvelle fois affolécette semaine, grimpant jeudi jusqu'à 42,6 °C à Paris, 41,5 °C à Lille, ou encore 41,7 °C à Amiens. Des niveaux jamais vus aux quatre coins du territoire. 

Dans la capitale, le précédent record de 40,4 °C enregistré en 1947 a ainsi été pulvérisé de 2,2 °C. Un véritable calvaire pour de nombreux Français, confrontés à ces températures extrêmes, que ce soit à l'extérieur ou dans leur propre foyer.

À l'aune du réchauffement climatique, ces vagues de chaleur sont appelés à se multiplier à l'avenir d'après les météorologues. Les canicules pourraient gagner en fréquence, en durée et en intensité. Va-t-on devoir s'habituer à ces chaleurs infernales ? L'Express a posé la question à François Jobard, prévisionniste à Météo France.

Tout d'abord, comment peut-on qualifier la canicule qui a sévi en France cette semaine ?

C'est une canicule d'intensité exceptionnelle, mais de relativement courte durée. À l'échelle nationale, on peut considérer qu'elle a duré cinq jours. Par ailleurs, elle a été plus intense que celle de juin 2019. En moyenne en France, le jour le plus chaud de cette canicule - le 25 juillet - a été aussi chaud que le jour le plus chaud de la canicule d'août 2003, qui était le 5 août. La canicule a donc été aussi intense. 

En réalisant une moyenne des températures minimales et maximales, aussi bien nocturnes que diurnes, dans 30 villes de France, nous avons atteint 29,4 °C. Il s'agit du même niveau que le jour le plus chaud d'août 2003.

Cependant, la sévérité de la canicule de 2003 a été plus importante que celle de cette semaine, si l'on prend en compte la durée de l'épisode. En effet, elle avait duré une quinzaine de jours. En termes de gravité et de conséquences sanitaires, on est donc en dessous cette année. 
 
Quelles sont les prévisions de Météo France pour les prochaines années ?

En climatologie on s'intéresse à des périodes de 30 ans pour définir les normales de saison. Donc à moyen terme, pour la période 2020 à 2050, la fréquence des vagues de chaleur va être multipliée par deux, par rapport à la période 1980 à 2010. Globalement ce scénario est valable, quel que soit le niveau de nos émissions de gaz à effet de serre.

Quoi qu'il arrive, la durée et l'intensité de ces vagues de chaleur augmenteront également. Elles seront donc deux fois plus fréquentes, plus intenses, et potentiellement plus longues. Dans le futur, les étés sans canicules deviendront rares.

Et au-delà de 2050 ?

Nous avons fait plusieurs simulations concernant la fin du XXIe siècle. Cela dépend du niveau de nos émissions de gaz à effet de serre. Il y a un scénario optimiste dans lequel nous parvenons dès maintenant à réduire nos émissions, et il y en a un autre pessimiste, dans lequel on ne change rien.

D'ici la fin de ce siècle, pour la période 2071 à 2100. Nos simulations indiquent que si l'on réduit drastiquement nos émissions, il y aura une stabilisation des vagues de chaleur par rapport à la période 2020/2050. Dans ce scénario optimiste, les vagues de chaleur se stabiliseront au milieu du siècle. Mais, dans tous les cas, ce sera toujours deux fois plus fréquent qu'entre 1980 et 2010, et avec des épisodes plus intenses et plus longs. Cela correspond au scénario RCP 2.6 du GIEC [Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat].

Dans le scénario pessimiste, les émissions de gaz à effet de serre augmentent. Ici, les vagues de chaleur seraient cinq fois plus fréquentes que lors de la période 1980/2010. L'intensité de ces canicules atteindrait un niveau affolant, avec des températures qui pourraient dépasser de 5 °C les moyennes enregistrées en 2003. Les vagues de chaleur pourraient également durer tout l'été, si l'on prend en compte nos critères actuels. On ne serait plus sur des durées de cinq jours comme cette semaine, mais potentiellement d'un à trois mois. Cela correspond au scénario 8.5 du GIEC.

Il va donc falloir s'habituer à connaître ces épisodes caniculaires...

Tout à fait, mais il y a une possibilité de stabilisation au milieu du siècle, en fonction du scénario que l'on choisira d'adopter. Mais, par rapport à ce que l'on connaît aujourd'hui, il aura une augmentation en fréquence, en intensité et en durée. Il va falloir s'y habituer dans les années à venir, nous n'avons pas le choix.

Il faut néanmoins garder à l'esprit qu'il continuera d'y avoir une certaine variabilité météorologique. Des étés frais seront toujours possibles, mais si l'on regarde la tendance sur trente ans, ils vont continuer à se réchauffer.